Génèse de l'Amana
Du Mystère, qui enveloppe toute chose
Il est des questions auxquelles l’esprit humain, malgré ses conquêtes, ne saurait apporter de réponse définitive.
L’origine comme la finalité de l’univers appartiennent à cet ordre que l’on nomme, par commodité autant que par nécessité, le Mystère.
Ce mot, que certains jugeraient insuffisant, a pourtant cette vertu précieuse : il n’enferme pas. Il laisse à chacun la liberté d’y inscrire sa propre vérité, ou son propre vertige.
De la vie qui nous est confié et de notre dignité
Puis la vie apparaît. Qu’elle procède du hasard ou d’un dessein plus vaste, nul ne peut le trancher.
Mais une chose demeure : des premières cellules aux innombrables formes qu’elle emprunte, elle n'a cessé de trouver ses passages.
La vie ainsi déposée en chacun et offerte sans conditions, révèle notre dignité intrinsèque.
Ce dépôt se compose de quatre énergies vivantes fondamentales, observables, qui nous traversent.
Elles habitent chaque cellule, chaque interaction. Il s'agit de l'énergie vitale, l'énergie sexuelle, l'énergie de la lignée, l'énergie de l'espèce.
Ces quatre énergies ou élans sont les expressions mêmes de cette vie en quête de manifestation.
Du gardien que nous sommes et de la responsabilité
Nos milliards de cellules s’unissent pour former un être, et dans cette unité vivante s'entrecroisent les besoins multiples de nos élans vitaux qui tendent naturellement à s’enchevêtrer.
Le système nerveux, parmi d'autres, en sa complexité admirable, assure la principale fonction de régulation. Il ouvre dans le corps les passages de la vie, les démêle et les distingue, afin que chacune de ses énergies puissent suivre sa voie sans entraver celle des autres.
Fort du dépôt sacré de la Vie, l’homme ne saurait demeurer passif. Il lui est donné un rôle, et ce rôle est d’une exigence redoutable : celui de Gardien.
A l'image du système nerveux, être gardien, c’est accepter cette responsabilité : ne pas confondre, ne pas étouffer, ne pas laisser l’enchevêtrement produire la confusion.
C'est une régulation féconde dont dépend l’harmonie de l’ensemble.
Du langage, cadre de la vie intérieur
L’homme ne vit pas seulement dans la matière de son corps ; il règne aussi dans un empire plus secret, celui du langage, où se déploie un monde intérieur fait de signes, d’images et d’abstractions par lesquels il saisit le réel.
Avant cette conquête, il avançait guidé par ses seules impressions, conservant en lui des souvenirs chargés d’émotions, comme autant de repères obscurs.
Mais avec le langage, il acquit le pouvoir de fixer l’expérience, de l’abstraire et de la rappeler à volonté : le mot est devenu une mémoire vivante, un héritier émotionnel, affranchie de la présence des choses.
Nourrissant l'intersubjectivité humaine et la communication, se construit alors dans l’esprit humain des univers entiers.
Par le jeu des mots et des récits, les émotions circulent, se transforment, et l’homme, dans ce théâtre intérieur, pense et agit moins par l’expérience immédiate que depuis les représentations qu’il se forge de lui-même, des autres et du monde.
Ainsi, le langage n’est plus un simple outil : il devient la substance même, le tissu de la vie intérieure.
Il est réciproquement le substrat, la mémoire et le média des directions intérieures de l'homme, représentatives de sa fidélité au Gardien, comme des pôles pour orienter sa conduite, des guides pour se définir.
La Vie n’a nul besoin d’une représentation existentielle pour poursuivre son accomplissement, si profonde et légitime que puisse être la question de son sens.
Elle demande moins à être expliquée qu’à être vécue. La fidélité au Gardien peut alors suffire : portée par des thèmes symboliques, elle répond à une interrogation plus immédiate et féconde « comment faire vivre, aujourd’hui, mes quatre élans dans la réalité de mon expérience ?».
Ainsi, plutôt que de chercher sans fin pourquoi vivre, l’homme apprend à discerner comment laisser la Vie s’accomplir en lui.
De la conscience de soi comme l'acteur identifié
Parallèlement à l’exercice du langage et à l’essor des pensées une transformation décisive s’opère.
Celui qui naguère vivait obscur à lui-même, apprend à différencier ce qui relève de l’action d’autrui de ce qui procède de lui.
Un centre se dessine.
Verbalement, il se reconnaît comme ce point constant d’où surgissent les actes réalisés par « Je » et distinct du tu, il, elle, nous...
La réflexion, cette grande ouvrière des consciences, entre en scène. L’homme se contemple ; il devient pour lui-même un spectacle et une énigme.
Avec cette lumière nouvelle naissent les premières images de soi, puis les récits intérieurs où chacun entreprend de donner une cohérence à son existence.
Dès lors, il se découvre acteur du vaste théâtre social, marqué de noms, chargé de rôles, revêtu d’identités forgées autant par ses représentations que par les habitudes de sa conduite et des attentes des autres.
Mais quels sont donc les comportements que nous adoptons au long du cours sinueux de nos vies ?
Combien d’hommes finissent par se perdre dans les personnages qu’ils incarnent !
L'attachement exclusif à certains rôles, et l’adhésion trop entière à des identités déterminées par les représentations biaisées des cycles invisibles du défaut fatal éloignent insensiblement l’être de lui-même.
Pour que la fidélité intérieure puisse poursuivre son œuvre silencieuse, l’homme doit apprendre à réfléchir de nouvelles identités à partir de ses directions intérieures.
Il peut se définir autrement, non plus seulement à travers ses anciens récits, ses blessures ou ses boucliers émotionnels, mais à partir de ce qui cherche véritablement à vivre en lui.
Il reconnaît désormais que la Vie porte en elle un sens et une profondeur immédiatement accessibles, dès lors qu’il consent à offrir à chacune des énergies issues du dépôt sacré sa juste expression.
Éclairé par les compréhensions de l’Amana, l’homme peut alors envisager son existence quotidienne avec des intentions nouvelles, attentif à se donner des objectifs capables de faire naître des vécus fidèles à la nature profonde de la Vie et qui, peu à peu, viennent en enrichir la trame.